Cours de Histoire de l'Afrique – Licence 2
L'histoire de l'Afrique s'appuie sur des sources variées : traditions orales, sources écrites (arabes, européennes, africaines), archéologie, linguistique, ethnologie, sources iconographiques et archives coloniales. Chaque type de source exige une critique spécifique. Ce chapitre présente l'historiographie (du mythe d'une Afrique sans histoire à l'histoire générale de l'Afrique), les principales…
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L'histoire de l'Afrique s'appuie sur des sources variées : traditions orales, sources écrites (arabes, européennes, africaines), archéologie, linguistique, ethnologie, sources…
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Chapitre à lire gratuitement : Sources et méthodes de l'histoire africaine
1. Pourquoi une méthode spécifique ?
L'histoire de l'Afrique a longtemps été niée ou déformée. Au XIXe siècle, des penseurs européens, dont Hegel, ont soutenu que l'Afrique serait hors de l'histoire, faute d'écriture. Ce préjugé a servi à justifier la colonisation. Il est aujourd'hui rejeté : toutes les sociétés ont une histoire, mais les documents diffèrent d'une région à l'autre.
Définition : l'histoire est la reconstruction critique du passé à partir de sources. Une source est toute trace (texte, objet, témoignage, image) permettant de connaître le passé.
2. Un peu d'historiographie
- L'historiographie coloniale décrit surtout l'action européenne et minimise les sociétés africaines.
- Les historiens africains, comme Cheikh Anta Diop, Joseph Ki-Zerbo et d'autres, ont contribué dès les années 1950 et 1960 à réhabiliter l'histoire africaine, en s'appuyant sur les sources locales.
- L'historien belge Jan Vansina a posé les bases de la méthode d'étude des traditions orales (« De la tradition orale », 1961).
- L'UNESCO a lancé à partir des années 1960 le projet d'une « Histoire générale de l'Afrique », rédigée par des spécialistes africains et internationaux.
- À l'Université de Dakar (aujourd'hui UCAD), l'Institut fondamental d'Afrique noire (IFAN) a joué un rôle de recherche important.
Remarque : l'historiographie évolue : nouvelles questions (genre, environnement, économie, circulations), nouvelles sources, nouveaux acteurs.
3. Les sources orales
Les traditions orales comprennent généalogies, épopées, récits historiques, proverbes, chants, listes de rois. Elles sont transmises par des spécialistes de la mémoire (griots, notables, familles). Elles sont essentielles pour l'histoire des royaumes et des peuples.
Précautions : l'oral subit des déformations (légitimation du pouvoir, simplification, rapprochement de personnages). Il faut identifier le transmetteur, l'objectif, comparer plusieurs versions et confronter à d'autres sources.
4. Les sources écrites
- Sources arabes : géographes et voyageurs comme al-Bakri (XIe siècle), Ibn Battûta (XIVe siècle), Ibn Khaldûn (XIVe siècle), al-Idrisi (XIIe siècle). Elles décrivent notamment le Ghana, le Mali, le commerce transsaharien.
- Chroniques africaines écrites en arabe : le « Tarikh al-Sudan » (Tombouctou, XVIIe siècle) et le « Tarikh al-Fattach » racontent l'histoire des Songhaï.
- Sources européennes : récits de navigateurs portugais, marchands, missionnaires, explorateurs, archives des compagnies de traite et de l'administration coloniale.
- Manuscrits de Tombouctou et d'autres centres : traités de droit, de théologie, de médecine, d'astronomie.
Attention : toute source écrite a un point de vue. Un voyageur étranger peut mal comprendre ce qu'il observe ; un document colonial sert l'administration.
5. Archéologie, linguistique et autres sciences
- L'archéologie étudie les objets, tumulus, sites urbains, techniques (métallurgie du fer). Elle permet des datations (par le radiocarbone).
- La linguistique historique compare les langues pour retracer les migrations et contacts.
- L'ethnologie et l'anthropologie éclairent les institutions et pratiques sociales.
- La génétique, la botanique et la climatologie offrent des données sur le peuplement, l'agriculture et l'environnement.
- Les sources iconographiques : art rupestre, sculptures, photographies, cartes.
6. Critique et croisement des sources
Méthode : face à une source, se poser les questions suivantes.
a) Qui l'a produite, quand, où, pourquoi ?
b) Est-elle directe (témoin) ou indirecte (rapportée) ?
c) Quel est son point de vue et ses limites ?
d) Que confirment ou contredisent les autres sources ?
e) Que peut-on en conclure, avec quel degré de certitude ?
Le croisement de sources orales, écrites et archéologiques permet de renforcer les conclusions.
Exemple : l'histoire d'un empire peut être reconstituée en croisant la tradition orale (récit de fondation), les chroniques arabes (commerce, souverains), l'archéologie (cités, objets) et la linguistique (noms de lieux).
7. Datation et périodisation
L'historien utilise des repères absolus (calendrier chrétien, calendrier musulman, datation par radiocarbone) et relatifs (avant ou après un événement). Les périodisations européennes (Antiquité, Moyen Âge) conviennent mal à l'Afrique ; on parle plutôt de périodes propres (empires sahéliens, traites, colonisation, indépendances).
8. Enjeux actuels
- Restitution des biens culturels : retour d'objets et de manuscrits conservés dans des musées étrangers.
- Conservation des archives et des manuscrits.
- Enseignement de l'histoire africaine à partir de sources africaines.
- Utilisation du numérique pour numériser des documents.
Retenir l'essentiel : diversité des sources, critique de chacune, croisement, rôle des historiens africains.
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